Jens Haaning
Afghanistan 5012 km a été réalisée à l’origine à Utrecht, sous la forme d’une commande publique. Présentée de cette manière, l’œuvre est une pièce “rapportée”, un témoignage, comme c’est souvent le cas dans le travail de Jens Haaning, qui pourrait être décrit de façon générale comme un recadrage et une actualisation des procédures initiées par l’art conceptuel. Le signe fonctionne sur l’irruption ou plutôt le rappel de l’existence réelle d’un ailleurs abstrait, habituellement purement médiatique.
L’échelle de France est variable, mais les proportions par rapport au support (mur) doivent rester identiques à la version montrée à Villeurbanne. Dans sa forme, et par l’échelle utilisée pour sa première monstration, la pièce ressemble aux peintures murales publicitaires d’autrefois ou à une enseigne d’entreprise. Les nations sont aussi des récits, des narrations. Ici, cette narration est une coquille vide. La peinture est l’évocation d’un lieu, mais une évocation abstraite: celle d’une nation, donc d’un concept, d’une entité abstraite. Comme toujours dans le travail de Haaning, qui adopte parfois les codes de communication en usage dans d’autres domaines (publicité, propagande politique), le message délivré reste, lui, indéterminé, en suspend. La peinture murale renvoie le spectateur à l’idée qu’il se fait de cette notion, à des associations personnelles. Est-ce que le mot dit quelque chose, véhicule une idée précise, ou est-ce qu’il est une surface de projection ? La salle, qui doit rester vide, suggère cette deuxième solution, ou une manière de forcer le visiteur à se poser ces questions (lors de l’exposition de Haaning à Villeurbanne cet hiver, plusieurs visiteurs ont décrit la pièce comme“oppressante”).
Arabic Joke joue sur l’irruption dans l’environnement quotidien de signes littéralement incompréhensibles. La typographie et le design reprennent un genre de graphisme “hype” dans le monde arabe actuellement, idée étant de véhiculer une image positive du monde arabe. Les affiches, qui peuvent être reçues comme un placardage inquiétant dans un contexte géopolitique d’antagonisme latent ou explicite entre les pays occidentaux et arabes, retranscrivent en fait une histoire drôle innocente.
Jens Haaning vit et travaille à Copenhague au Danemark. Il a participé à de très nombreuses expositions partout dans le monde et notamment à la Documenta de Kassel (11e édition) et à la Biennale de Sidney. Une exposition monographique de son travail a été organisée début 2007 par l’Institut d’art contemporain à Villeurbanne. Un catalogue monographique a été édité par les presses du réel.
Fig. 1
Jens Haaning, Afghanistan 5012 km, 2003.
Panneau de signalisation routière, 200 x 90 cm.
Édition de 3 exemplaires (3/3).
Fig. 2
Jens Haaning, France, 2007.
Peinture murale, dimensions variables (nécessite une salle vide).
Pièce unique.
Vue de l’exposition à l’Institut d’art contemporain, Villeurbanne, 2007.
Fig. 3
Jens Haaning, Danish Passport, Valid Until 28.06.2010, 2005.
Passeport de l’artiste encadré, 26 x 22 cm.
Pièce unique.
Fig. 4
Jens Haaning, Arabic Joke (New York), 2006.
Texte, 30 affiches, dont une signée, CD contenant le fichier original pour la réimpression de l’affiche.
Édition de 3 exemplaires.
À Manhattan, New York, une campagne d’affichage a eu lieu un mois durant.
Sur les affiches, une blague arabe était écrite en arabe. En voici la traduction:
Un Grain de blé
Quand Guha perd la raison, il se met à croire qu’il est un grain de blé. Il craint surtout d’être mangé par un poulet. Lassée, sa femme lui dit d’aller voir un médecin, ce qu’il fait. Le médecin l’envoie à l’hôpital psychiatrique. Après quelque temps, Guha semble aller mieux et avoir retrouvé toute sa tête. Sa femme va donc le chercher à l’hôpital et le raccompagne à pied à la maison. Sur le chemin du retour, Guha voit des poulets qui marchent sur la chaussée. Il prend peur et cherche à se cacher derrière sa femme. Sa femme ne comprend pas ce qui lui arrive, car ils viennent de quitter l’hôpital, et elle lui crie: “Qu’est-ce que tu fous ? As-tu compris ? Tu n’es plus un grain de blé !” Paniqué, Guha répond, “Peu importe ce que j’ai compris, moi ! L’important est de savoir si ces foutus poulets ont compris que je ne suis plus un grain de blé.”
Campagne d’affichage dans l’espace public dans le cadre de l’exposition
Who Cares, Creative Time, New York, 2006.




